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Tsedek-Info
d'Israël n° 179 -- nov-dec 2026
Pot Pourri Politique sans Périodicité ni Priorité
-N°399 le
18/05/2026
Le
Royaume Uni et le Sionisme
Par
Albert Soued, écrivain, http://symbole.chez.com
26/05/2026
Le
dernier État juif indépendant, le royaume hasmonéen de Judée, perd son
autonomie en - 63, lorsqu'il devient un protectorat de Rome. Après la
mort d'Hérode le Grand en l'an 4, ce territoire est intégré comme province
à l'Empire romain. Les révoltes juives contre Rome de 66 à 73, puis de
132 à 135 entraînent des massacres, exils, déportations et ruine des structures
communautaires. La Judée est dévastée et Jérusalem est détruite.
La
revendication politique à la création d'un État juif prend racine dès
le 16ème siècle dans la pensée eschatologique de mouvements protestants
qui aspirent à un retour en masse des juifs en Terre Sainte. Cette idéologie
perdura à travers les siècles et structure toujours la pensée des chrétiens
évangéliques américains, britanniques et français.
Mais
cette expansion idéologique du sionisme à caractère messianique est surtout
concentrée en Angleterre. Dès le 17ème siècle, Oliver Cromwell joua un
rôle important dans la formation d'un "sionisme chrétien",
lequel occupa une place prépondérante dans la thèse évangélique selon
laquelle "la rédemption chrétienne de toute l'humanité ne peut advenir
qu'après le retour des enfants d'Israël dans leur patrie perdue ?"
Foi messianique et diplomatie convergeant, la Grande-Bretagne s'avéra
la plus intéressée par la conquête de la Terre Sainte. Dès 1877, Lord
Shaftesbury, millénariste évangélique, voit en la Terre Sainte le moyen
le moins cher et le plus sûr de sécuriser la Route des Indes, au profit
de Sa Majesté. "Proto-sioniste victorien" passionnément chrétien,
le parlementaire et journaliste Laurence Oliphant propose, au dernier
quart du 19ème siècle, de conquérir la "Grande Syrie" - territoire
qui correspond aujourd'hui à la Syrie, au Liban, à la Jordanie et à la
Palestine.
Des
penseurs comme Moses Hess, appellent à la renaissance d'une nation juive
sur sa terre ancestrale, dans la lignée d'une continuité historique bien
plus ancienne que ne le laisse entendre la seule modernité. Le retour
à Sion fait référence au retour en terre d'Israël des Israélites exilés
à Babylone. Ce concept de retour en terre d'Israël apparaît pour la première
fois dans la Torah avec l'Exode des esclaves depuis l'Égypte.
À
la fin du 19ème siècle, les idées assimilationnistes se heurtent à l'antisémitisme
en Europe, tels que les pogroms en Russie en 1881 et l'Affaire Dreyfus
en France (1894-1906). Marqué par l'antisémitisme, le journaliste juif
austro-hongrois Théodore Herzl (1860-1904) publie en 1896 Der Judenstaat
(L'État des Juifs), l'écrit fondateur du sionisme politique. Il y affirme
que l'assimilation des Juifs est désormais strictement impossible en Europe
et que la réponse à la question juive est territoriale. Afin d'organiser
le mouvement sioniste, Herzl réunit 196 délégués venus de 16 pays à Bâle
le 29 août 1897. Créée à cette occasion, l'Organisation sioniste, encourage
la colonisation juive en Palestine, débutée au début des années 1880,
avec le mouvement des Amants de Sion. Sa vie durant, Herzl
cherchera des appuis pour son projet : il rencontrera le Sultan turc,
les ministres du Tsar, le Kaiser allemand, le Pape… Mais sa préférence
va au Royaume-Uni. Il écrira peu avant son décès : "Avec l'Angleterre
en guise de point de départ, nous pouvons être assurés que l'idée sioniste
s'élancera plus avant et plus haut que jamais auparavant".
Lord
Balfour, ministre britannique des affaires étrangères, promet en 1917
à l'Organisation sioniste, l'établissement d'un "foyer juif " en
Palestine. Et ce n'est pas par philanthropie envers les populations juives.
En réalité, Balfour n'aime pas "ces gueux qui fuient les pogromes en
Europe de l'Est et affluent en Occident". C'est pourquoi il leur "offre
d'aller défricher la Terre sainte. Tout pour éviter de les accueillir
en Grande-Bretagne".
Au
moment où les Britanniques font la conquête militaire de la Palestine
ottomane, le 2 novembre 1917, Balfour adresse une courte lettre à Lord
Walter Rothschild (1868-1937), un éminent représentant de la communauté
juive britannique. Il y annonce que "le gouvernement de Sa Majesté
envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national
pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation
de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse
porter atteinte ni aux droits civiques et religieux des collectivités
non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique
dont les Juifs jouissent dans tout autre pays".
La
Conférence de Paris (1919), puis le Traité de Sèvres (1920) et enfin la
conférence de San Remo (1920) reprennent la promesse faite aux Juifs.
Mais la Palestine, théoriquement internationalisée par les accords Sykes-Picot,
devient un mandat britannique en 1922. Les principales puissances alliées
de la Première Guerre mondiale (Royaume-Uni, France, Italie) se sont réunies
dans la ville italienne de San Remo pour démembrer l'Empire ottoman et
répartir les territoires du Moyen-Orient sous forme de mandats.
Grâce
au mandat britannique, la communauté juive de Palestine - le Yichouv -
va devenir un quasi État. Entre 1917 et 1948, les Juifs passent de 10
% à 30 % de la population de la Palestine, leur superficie agricole est
multipliée par trois et leur indice de production industrielle par cinquante.
"La condition de la réalisation du sionisme, c'est la conquête de tous
les emplois du pays par la main-d'œuvre juive"- La montée du nazisme
provoque une accélération de l'immigration juive : de 1932 à 1939 247
000 arrivants, soit 30 000 par an, quatre fois plus que depuis la fin
de la Première Guerre mondiale !
Cette
montée du nazisme et de l'antisémitisme qui s'ensuit provoque les émeutes
arabes des années 30 en Palestine, où 5 000 Arabes, 300 Juifs et 262 Britanniques
sont tués. La répression anglaise est impitoyable. Les milices paramilitaires
sont dissoutes. La plupart des leaders ayant participé à la révolte doivent
s'exiler dans les pays arabes voisins. Lors de la 2ème guerre mondiale
l'armée de l'Allemagne nazie a cherché à encercler le Moyen Orient et
s'emparer du canal de Suez. Avec le but de la poursuite de la shoah dans
les pays arabes. Les attaques ont commencé en Irak suite à un coup d'état
et se sont poursuivis en Egypte, via la Lybie occupée par l'Italie de
Mussolini.
Après
le coup d'État du 1/4/41, mené par quatre généraux de l'armée irakienne,
ceux-ci acceptent l'aide militaire de l'Allemagne nazie et de l'Italie
fasciste. Le changement de gouvernement conduira à l'invasion britannique
de l'Irak et à l'occupation qui suivra jusqu'en 1947.
Entre
le 23/10/1942 et le 3/11/1942, la seconde bataille d'El-Alamein est un
épisode de la guerre du désert, qui oppose la 8ème armée britannique dirigée
par le général Montgomery à la Deutsches Afrikakorps (DAK) du général
Rommel. Elle se solde par une victoire alliée décisive. La domination
de la mer Méditerranée par la Royal Navy empêchant le ravitaillement efficace
du DAK et la supériorité en chars de l'armée britannique sont deux éléments
décisifs qui ont permis la victoire alliée et le début de la fin de l'Allemagne
nazie.
Epuisé
par la Seconde Guerre mondiale, le Royaume-Uni n'a plus les moyens de
laisser stationner en Palestine 100 000 hommes - un dixième de ses forces
à l'étranger -, ni de dépenser 40 millions de livres/an pour le mandat.
C'est pourquoi, le 18 février 1947, le Foreign Office rend son mandat
à l'ONU.
Dans
une salle du musée de Tel-Aviv, le vendredi 14 mai 1948, les dirigeants
de l'Agence Juive conformément à la décision de l'ONU de créer un "Etat
juif" en Palestine proclament le rétablissement de l'Etat d'Israël.
Six
armées arabes envahissent le minuscule territoire israélien. Dirigée par
le général britannique John Bagot Glubb Pacha, la Légion Arabe Jordanienne,
était la force arabe la plus redoutable. Elle s'est concentrée sur la
Judée et Samarie et Jérusalem. Elle a notamment causé de lourdes pertes
aux forces israéliennes lors des sanglantes batailles de Latroun et a
réussi à s'emparer de la Vieille Ville de Jérusalem. Son objectif n'était
pas l'anéantissement total des forces juives, mais le contrôle du centre
de la Palestine. Le principal fournisseur d'armes des armées arabes en
1948 était le Royaume-Uni.
Position
de Winston Churchill
Winston
Churchill a eu une position globalement favorable au sionisme et, après
1948, à l'existence de l'État d'Israël. Mais sa position a évolué avec
le temps et restait liée aux intérêts stratégiques de l'Empire britannique.
Après une visite en Palestine en 1921, Churchill se montre très impressionné
par les réalisations des pionniers sionistes. Il décrit le projet sioniste
comme porteur de progrès économique et de modernisation. Churchill voyait
le sionisme sous plusieurs angles :
- historique et biblique : il considérait le retour des Juifs en Palestine
comme légitime au regard de l'histoire juive ;
- civilisationnel : il associait les colonies juives au progrès technique
et agricole ;
-
géopolitique : il pensait qu'une présence juive alliée à Londres renforcerait
l'influence britannique au Moyen-Orient.
Dans
les années 1930, face aux émeutes arabes suscitées par l'islamo-nazi et
Grand Mufti de Jérusalem, haj Amine al Husseini, Churchill critique fortement
les politiques britanniques limitant l'immigration juive en Palestine.
Il s'oppose notamment au " Livre blanc " de 1939 du gouvernement britannique,
qui limitait fortement l'immigration juive afin d'apaiser les tensions
arabes. Churchill estime alors que cela revient à trahir les engagements
pris envers les sionistes.
Après
la création de Israël en 1948, Churchill accueille favorablement le nouvel
État. Il décrit la naissance d'Israël comme : "un événement de l'histoire
du monde à considérer sur plusieurs millénaires". En 1954, il dit
explicitement : "Je suis sioniste"
Sa
position n'était toutefois pas celle d'un militant inconditionnel. Il
voulait aussi préserver les relations britanniques avec les Arabes. Certaines
de ses décisions pro-arabes restaient dictées par les contraintes impériales
britanniques plutôt que par un engagement idéologique pur. Churchill fut
l'un des grands dirigeants britanniques favorables au sionisme au 20ème
siècle. Il soutenait le projet d'un foyer national juif en Palestine,
puis l'existence d'Israël, pour des raisons à la fois historiques, morales,
stratégiques et impériales.
Position
de la famille royale
La reine Elizabeth II, qui a régné durant 70 ans jusqu'à sa mort, a entretenu
une relation longue et chaleureuse avec la communauté juive britannique
depuis le début de son règne, en 1952. Mais aucun membre de la famille
royale ne s'est jamais rendu en Israël à titre officiel avant 2018, date
à laquelle le prince William a effectué une visite officielle sans précédent,
levant une sorte de boycott officieux.
Le
roi Charles III est le mécène de plusieurs œuvres caritatives juives et
un fan de la culture juive. Il s'est toujours prononcé publiquement contre
l'antisémitisme, sur la nécessité de ne pas oublier l'Holocauste, et entretient
un lien particulier avec Israël. " Aucun membre de la royauté n'a été
plus ouvertement lié à nous que notre nouveau roi ", affirme le journaliste
juif Jonathan Sacerdoti dans le Jewish Chronicle. Charles III se vante
d'avoir été circoncis par un " mohel " (circonciseur) juif, la circoncision
étant une tradition royale britannique.
La
situation actuelle
En
70 ans le minuscule état d'Israël a gagné toutes les guerres provoquées
par les états arabes et a réussi à tenir à distance toutes les organisations
terroristes formées et armées par les états islamistes arabo-musulmans.
Le Qatar finance une propagande anti-israélienne intense dans le monde
entier. Un nouvel antisémitisme se épand partout sous couvert d'antisionisme.
Les
massacres du Hamas en Israël en octobre 2023 sont un affreux pogrome qui
a encouragé et dévoilé tous les antisémites cachés. L'Europe et le Canada
ne sont plus des pays d'accueil ni pour les juifs ni pour les Israéliens.
À
la suite du déclenchement de la guerre de Gaza en 2023, le Royaume-Uni
fournit à Israël un soutien militaire et diplomatique considérable. En
réponse à l'attaque menée par le Hamas contre Israël en 2023, le Premier
ministre britannique Rishi Sunak annonce un soutien " sans équivoque "
à l'État hébreu tout en condamnant " sans équivoque " le Hamas. Le Royaume-Uni
déploie ensuite du personnel et des moyens des forces armées britanniques
en Méditerranée orientale. En juillet 2024 Keir Starmer chef du parti
travailliste est nommé Premier ministre succédant à Rishi Sunak, démissionnaire.
Le gouvernement gauchiste se distingue par une attitude anti-israélienne
unilatérale et la propagande antisémite dans divers milieux.
Le Parti travailliste subit une déroute historique aux élections locales
de 2025 puis de 2026, perdant des centaines d'élus et le contrôle de plusieurs
de ses bastions historiques, en particulier dans les zones déshéritées
du pays. Au Pays de Galles, la défaite du Labour est encore plus importante
lors des élections législatives de 2026, avec la fin d'une domination
électorale depuis près de 100 ans. Dans les jours suivant le scrutin,
des dizaines de députés travaillistes appellent au départ du Premier ministre
et plusieurs membres du gouvernement annoncent leur démission. Keir Starmer
refuse de démissionner.
Jeremy Jacobs, figure importante de la communauté juive britannique et
ancien directeur général de l'organisation United Synagogue, a annoncé
son départ du Royaume-Uni pour Israël. Dans une lettre publiée par The
Telegraph, il explique avoir mis en vente la résidence familiale afin
de faire son alyah, malgré des racines britanniques remontant aux années
1850.
Jeremy
Jacobs affirme que la situation des Juifs au Royaume-Uni s'est fortement
détériorée depuis les massacres du 7 octobre 2023. Il raconte notamment
avoir été pris à partie par des étudiants radicalisés près de University
College London alors qu'il marchait avec ses trois jeunes petites-filles,
simplement parce qu'il portait une kippa.
Selon
lui, les universités britanniques sont devenues un foyer préoccupant de
radicalisation antisémite. Il établit un parallèle avec l'Europe des années
1920 et 1930, affirmant que la haine avait alors commencé à se développer
dans les milieux académiques avant d'être reprise par la classe politique.
Jeremy
Jacobs décrit aussi une réalité de plus en plus difficile pour les enfants
juifs britanniques. Certaines écoles juives demanderaient désormais aux
élèves de cacher les signes distinctifs de leur uniforme, ou d'éviter
de le porter, afin de réduire les risques d'agressions dans la rue. Il
cite également les grandes manifestations anti-israéliennes à Londres
et les autocollants " Free Palestine " omniprésents comme des signes d'un
changement profond du climat social. " Je me vois comme Britannique, un
fier Britannique, mais la Grande-Bretagne n'est plus le pays qu'elle était
", écrit-il.
***
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