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SOLIDARITE IRAN

 

Par Claudia Rosett, journaliste et écrivain, spécialisée dans les relations internationales notamment les affaires de l'ONU

Article paru dans le The New York Sun le 18/06/07

Traduit par Artus pour www.nuitdorient.com

 

Les dissidents iraniens se sont rassemblés à Paris pour discuter du changement de régime en Iran et ont lancé le mouvement Solidarité-Iran, référence claire au mouvement de Solidarité polonais des années 1970 et 1980. Le changement de régime en Iran peut être considéré comme lettre morte dans les instances internationales les plus élevées du monde, mais comme projet prioritaire, il est bien vivant dans l'esprit des quelques 200 dissidents Iraniens exilés qui se sont réunis, ces trois derniers jours, à Paris, dans une salle de séminaires en sous-sol, pour lancer un mouvement qu'ils appellent Solidarité-Iran.

Inspiré du mouvement polonais "Solidarnosc", parvenu à renverser le régime communiste dans les années 1980, le dessein de cette nouvelle Solidarité est de donner une forme et une identité plus cohérente à la diaspora Iranienne, diverse et souvent divisée. Réunis ensemble grâce à une demi douzaine d'organisateurs de différents courants politiques, les participants ont cherché à concevoir des moyens plus efficaces pour coordonner et amplifier les efforts des Iraniens en Iran même, cherchant à remplacer un régime islamique brutal, qui parraine le terrorisme, par un gouvernement laïc et démocratique.

Les obstacles sont énormes. Mais comme les diplomates en Europe et en Amérique essaient de promouvoir un boycott du régime Iranien, concentré sur son programme nucléaire et honorant les dignitaires qui le soutiennent, la seule contribution importante que ce nouveau mouvement de Solidarité peut apporter, c'est que ses participants insistent sur le fait que ce boycott n'arrêtera pas les activités nucléaires ou terroristes de la théocratie Iranienne. Ils disent que la "république islamique" doit s'en aller, tout simplement.

Le document qui ouvre la conférence déclare: "Nous considérons le système de la République islamique ne peut être amendé et nous pensons que l'établissement de la démocratie en Iran passe par l'abolition de ce régime".

"Le régime Iranien des mollahs a créé un mur de séparation entre le peuple Iranien et la communauté internationale" dit un des organisateurs, Hossein Bagherzadeh, basé au Royaume Uni, et parti d'Iran en 1981, deux ans après la révolution islamique. "Le peuple Iranien veut rejoindre le monde libre; le monde libre doit lui répondre".

 

Faisant suite à des réunions moins éclectiques à Berlin en 2005 et à Londres en 2006, ce conclave a réussi à réunir, souvent pour la première fois, des exilés Iraniens, venant d'un vaste éventail socio-politique, certains d'entre eux, ennemis d'hier et même des cibles à éliminer.

Les participants sont venus d'endroits aussi éloignés que le Canada, l'Amérique ou l'Europe et, dans quelques cas, d'Iran même. Certains avaient des histoires de parents assassinés par le régime à raconter; d'autres avaient été battus et emprisonnés avant de partir du pays. Un homme a soulevé son pantalon juste assez pour nous montrer des cicatrices de torture sur ses chevilles. Parmi les participants, il y avait des gens de gauche, des monarchistes, des minorités ethniques, d'anciens dirigeants d'étudiants ou d'anciens adhérents du régime islamique. Il y avait nombre de femmes, quelques-unes portaient la jupe, mais il n'y avait pas de voile.

Dans les rangs on trouvait d'éminents exilés tels que Amir Farshad Ebrahimi, anciennement membre d'Ansar Hezbollah, groupe para-militaire aux ordres des mollahs. En 2000, Ebrahimi a commencé à divulguer leurs abus. Pour cela, il a passé quatre ans en prison en Iran, avant de terminer en exil, en Allemagne. Dans une scène qui résume la diversité et l'esprit de ce rassemblement de Solidarité, ce samedi dernier, on a trouvé dans un vestibule d'hôtel français, M. Ebrahimi racontant son histoire à deux journalistes, avec comme interprète, Pooya Dayanim, un Juif Iranien dont la famille a fui le pays en 1985. Dayanim raconte que sa famille a pris la décision de quitter l'Iran parce qu'elle s'attendait à avoir des ennuis, quand il a refusé, à l'âge de 14 ans, de participer au chant quotidien obligatoire dans son école de "Mort à Amérique ! Mort à Israël". Basé à Los Angeles, Dayanim est maintenant le président du Comité judéo-iranien d'Affaires Publiques.

 

Contrairement aux dirigeants de la Solidarnosc polonaise originale, la plupart de ceux qui ont lancé Solidarité-Iran sont obligés d'opérer hors du pays. Mais certains des participants ont précisé qu'ils espéraient transformer leur diversité et la distance en avantage — chercher les moyens pour aider les dissidents de l'intérieur à coordonner leurs actions ensemble et avec l'extérieur. "Il y a des milliers de cercles de protestation en Iran et le gouvernement ne leur permet de se relier entre eux", dit un des organisateurs de la conférence, Shahriyar Ahy, porte-parole de Reza Pahlavi, le fils de l'ancien Shah, base aux Etats-Unis (M. Pahlavi n'a pas assisté au  rassemblement).

 

La plupart des participants à la réunion de Paris sont opposés à toute action militaire pour renverser le régime islamique. Mais pas tous. Un homme présent, Faramarz Bakhtiar, qui est parti d'Iran en 1998 et qui habite maintenant en Allemagne, a dit  "Nous ne pouvons pas libérer l'Iran, comme on l'a fait en Ukraine ou en Pologne". M. Bakhtiar, dont l'oncle était premier ministre du Shah, assassiné plus tard, dit "le seul moyen de faire partir ces mollahs est militaire" et il suggère de combiner les moyens non violents proposés par Solidarité-Iran avec le bombardement des camps d'entraînement des terroristes en Iran et des installations nucléaires à Natanz. Dans un anglais hésitant, son message est très clair : "Quand le mollah aura l'atome, l'humanité entière sera en danger".

Venue assister à la réunion sous un nom faux pour éviter les représailles à son retour, une femme d'Iran dit que les sanctions des Nations unies n'ont rien donné à ce jour. Etant donné la crise économique qui règne en Iran, elle suggère un embargo complet sur les ventes de pétrole Iranien — à condition d'y parvenir — qui pourrait faire tomber les mollahs en quelques mois. Comme beaucoup ici le notent, la seule vraie solution aux ambitions belliqueuses du régime terroriste Iranien est de se débarrasser de la théocratie, elle demande : "Pourquoi le problème de la bombe atomique est-il plus important que les droits de l'homme" ?

 

Beaucoup reste à faire avant que Solidarité-Iran ne puisse marquer des points. Arriver simplement à un accord pour avancer, a nécessité des débats qui ont duré jusqu'à 4h30 du matin! Comme la réunion prenait fin, un conseil de 20 membres a été élu, et celui-ci choisira maintenant un conseil exécutif de 7 membres, chargé de mener une véritable action de coordination des dissidents (1).

 

Economiste Iranien habitant maintenant en Grande-Bretagne, un participant a comparé la création de cette nouvelle Solidarité-Iran à l'acte d'appuyer sur l'accélérateur d'une voiture non encore embrayée. A défaut d'autre chose, ces dissidents sont venus de près et de loin et ils ont mis de côté leurs différences profondes, pour dire ensemble, par l'appel de Paris, que le but essentiel est de ne pas négocier avec la République islamique, mais de se débarrasser d'elle.

 

Note de www.nuitdorient.com

(1) écrivant dans www.FrontPageMagazine.com , le 25/06/07, Kenneth R. Timmerman a recensé dans cette réunion 3 courants qui doivent s'allier pour réussir. Le courant "monarchie constitutionnelle" pour qui seule une monarchie peut garantir la souveraineté et l'intégrité territoriale du fait des différences ethniques du pays. "L'équipe de foot iranienne constituée d'excellents joueurs a besoin d'un excellent coach pour gagner. Et ce coach est un monarque"

Puis viennent le courant "républicain" qui souhaite avoir une république du type occidental et le courant fédéraliste émanant des ethnies non perses (Kurdes, Balouches, Azeris, Arabes…), représentant 60% de la population et qui veut un état fédéral.

Ces 3 courants ont 3 mois pour se mettre d'accord et trouver un consensus, au moins provisoire, le temps de se débarrasser de leur ennemi commun, le régime des mollahs. Le temps presse car une bombe nucléaire est à portée de main.

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