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Oui,
les régimes s’effondrent de l’intérieur – mais les États-Unis et Israël ne
doivent pas baisser les bras
Trump et Netanyahu admettent désormais que la
capacité du peuple iranien à se soulever une fois les bombardements finis n'est
pas évidente - mais ils ne peuvent mettre un terme à cette guerre sans détruire
les stocks d’uranium et sans s’engager à revenir tant que le régime sera là
Par David Horovitz
19 mars 2026
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Près de trois semaines après le début de la campagne qui a été lancée par les États-Unis et par Israël contre la république islamique, au moment où une grande partie du monde laisse libre cours à ses tergiversations, alors que l’État juif et la plupart des pays du Golfe soutiennent farouchement les opérations en cours et que le président américain Donald Trump promet de manière confuse de continuer le travail, tout en s’engageant à arrêter d’ici peu, il est manifeste que personne ne doit seulement douter de ce qui est aujourd’hui en jeu.
Nous sommes en guerre parce que le régime génocidaire de Téhéran a refusé de renoncer à son droit présumé d’enrichir de l’uranium. Il a refusé alors même que les États-Unis menaient des négociations visant à éviter ce conflit. Les ayatollahs, de surcroît, avaient repris leur programme d’armes nucléaires et continuaient de renforcer leur arsenal de missiles balistiques.
Et pourquoi ce refus ?… Parce que les Iraniens avaient déjà contourné les protocoles de contrôle et qu’ils avaient enrichi suffisamment d’uranium pour fabriquer onze bombes nucléaires, comme ils l’avaient confirmé avec enthousiasme à Steve Witkoff, le négociateur de Trump. Parce qu’ils avaient, en conséquence, pleinement l’intention de poursuivre sur la voie de la bombe atomique.
Mais que pourraient-ils donc faire s’ils devaient atteindre leur but ?… Ils feraient assurément ce qui est nécessaire pour détruire Israël et tous ceux qui s’opposent à leur vision extrémiste et déformée de la volonté d’Allah, vision qui vise à dominer la région et le monde. Tout comme le régime des mollahs a fait tout ce qui était nécessaire pour massacrer ses propres opposants sur le territoire iranien, par dizaines de milliers. Tout comme il a pris pour cible ses propres rivaux régionaux – qu’ils soient partisans de l’apaisement ou des soutiens du régime de Téhéran – pour tenter d’intensifier les pressions, dans le but de mettre un terme à cette guerre.
Le régime continue à exploiter ses capacités à semer le chaos dans l’approvisionnement énergétique mondial via le détroit d’Ormuz. De la même manière qu’il a inspiré, armé et formé durant des décennies des armées terroristes aux frontières d’Israël pour tenter de nous anéantir. De la même façon qu’il a commis des actes de terrorisme incessants pour déstabiliser les nations et les peuples libres à travers le monde.
Après presque trois semaines d’attaques aux missiles, les Israéliens, malmenés et pourchassés de Metula à Eilat, soutiennent toutefois massivement cette guerre. Parce que nous savons trop bien que le prix tragique que nous avons dû payer jusqu’à présent — en pertes humaines, en dégâts, en détérioration de notre image à l’international alors que l’extrême droite et l’extrême gauche s’unissent pour déformer la réalité de ce qui se passe sur le terrain, mais aussi en termes d’impact sur les Juifs et sur les communautés juives qui sont prises pour cible par le terrorisme et l’antisémitisme — parce que nous savons trop bien, donc, que ce prix n’est rien comparé aux conséquences apocalyptiques pour l’Humanité tout entière si ces fanatiques sans cœur devaient obtenir les armes de destruction massive qu’ils recherchent avec acharnement.
Tôt ou tard — et pour notre bien à tous, que ce soit le plus tôt possible ! — les Iraniens et nous tous devrons être libérés de l’ombre inquiétante de la république islamique.
Et si le régime ne tombe pas ? Est-ce ainsi que cette guerre prendra fin ? Par le renversement du régime ?
Peut-être, mais pas nécessairement.
Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu ont tous les deux fait savoir à plusieurs reprises que l’objectif de la guerre était de créer les conditions susceptibles de permettre au peuple iranien — qui déteste largement le régime au pouvoir, selon les estimations – d’arracher ce dernier des mains des ayatollahs.
Mais ce n’est pas tout : tous les deux ont répété à plusieurs reprises depuis le début des frappes aériennes, le 28 février, que le moment pour le faire était imminent.
Dans le discours qu’il avait prononcé ce jour-là, s’adressant expressément au « grand et fier peuple iranien » Trump avait précisé que « l’heure de votre liberté est proche. Restez à l’abri. Ne quittez pas votre domicile. C’est très dangereux dehors. Des bombes vont tomber partout. Quand nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il sera à vous et ce sera à vous de le faire. Ce sera probablement votre seule chance de le faire pour des générations ».
La semaine dernière, lors de la seule conférence de presse qu’il a donnée depuis le début de la guerre, Netanyahu a promis aux Iraniens : « Le moment où vous pourrez vous engager sur le nouveau chemin de la liberté approche. Ce moment se rapproche ».
Mais les deux hommes ont récemment admis à contrecœur que leur confiance dans un possible soulèvement des Iraniens, une fois les bombardements terminés, avait peut-être été exagérée et que cette campagne ne s’achèverait peut-être pas par un peuple iranien se saisissant enfin du contrôle de son destin.
Vendredi, alors qu’un journaliste de Fox News lui demandait s’il croyait toujours que les masses seraient en mesure de renverser les ayatollahs, Trump a admis : « Je pense vraiment que c’est un obstacle de taille à surmonter pour des gens qui n’ont pas d’armes ». Cela arrivera, a-t-il poursuivi, « mais… peut-être pas immédiatement ».
De même, Netanyahu, lors de sa conférence de presse de
jeudi, a souligné : « Nous créerons
les conditions optimales pour que le peuple iranien puisse se mobiliser et
prendre les rênes », mais il a admis que « je ne le nie pas : je ne peux pas affirmer avec certitude que
le peuple iranien renversera le régime ».
« L’aide promise est arrivée et d’autres suivront », a-t-il ajouté. « Nous espérons tous que ce régime tombera. Mais en fin de compte, un régime s’effondre de l’intérieur », a-t-il reconnu.
Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité
nationale iranien, à Beyrouth, au Liban, le 13 août 2025. (Crédit : Parlement
libanais / AFP)
Le renseignement et l’exécution des attaques qui ont été conjointement menées par les deux partenaires ont été extraordinaires, mais qu’en est-il de la planification stratégique ? De nouveaux leaders dynamiques et compétents ont-ils été repérés, encouragés, soutenus en vue du moment de vérité ?… À ce sujet, nous ne savons que très peu de choses.
Est-ce le cas parce qu’un secret inhabituel a été maintenu – de manière impressionnante – ou parce que cette planification a été insuffisante ? Qui est censé prendre la tête du soulèvement en vue du renversement de la révolution islamique ? Qui, et avec quelle armée ?
Et si cette guerre devait ne pas se terminer avec la chute du régime, qu’elle ne devait pas précipiter son effondrement dans un avenir proche, les États-Unis et Israël reviendront-ils sans cesse – comme ce serait leur devoir – pour contrecarrer sa renaissance et ce, jusqu’à ce qu’il s’effondre ?
Ces stocks doivent être éliminés
Que ce conflit s’avère être décisif ou que la république islamique survive sous une forme ou une autre, il est crucial que les combats ne s’achèvent pas tant que le régime conservera encore ses 450 kilogrammes d’uranium de qualité quasi-militaire — des stocks qui seraient intacts, dit-on, et qui auraient été entreposés sous terre à la centrale nucléaire d’Ispahan et peut-être sur un ou deux autres sites.
La motivation du régime à se doter de la bombe s’est accrue de manière considérable alors même qu’il lutte pour sa survie — conscient de la force encore plus importante qui serait la sienne en tant que puissance nucléaire face aux éventuelles tentatives qui pourraient viser à le renverser à l’avenir.
Il a été question d’une opération ambitieuse et dangereuse des forces spéciales dont l’objectif était, semble-t-il, de récupérer ce stock – et Israël a mené à bien des opérations remarquables sur le territoire iranien, ne serait-ce que celle au cours de laquelle le Mossad avait saisi et ramené méthodiquement les archives du programme d’armes nucléaires iranien qui se trouvaient à Téhéran, en 2018. Toutefois, le défi, aujourd’hui, serait d’un tout autre ordre, consistant à prendre le contrôle de cibles que le régime est sans aucun doute prêt à les défendre, quoi qu’il arrive.
.Un responsable iranien de la
sécurité en tenue de protection traverse une installation nucléaire juste à l’extérieur
de la ville iranienne d’Ispahan, le 30 mars 2005. (Crédit : Vahid
Salemi/AP)
A l’approche de ce conflit, les négociateurs iraniens s’étaient montrés peu enclins à renoncer à leur stock d’uranium enrichi à 60 % — se contentant apparemment d’affirmer qu’ils allaient le dégrader ou le diluer – en échange de la levée de toutes les sanctions internationales. Pour que la guerre ait un quelconque bénéfice à moyen terme, a indiqué cette semaine Ariel Levite, ancien haut responsable au sein de la Commission israélienne de l’énergie atomique, Israël et les États-Unis devront tirer parti de leurs réussites pour s’assurer que ce qui restera du régime renoncera à la fois à ses stocks et à son prétendu droit à l’enrichissement. C’est « l’option privilégiée et ce n’est pas impossible », a laissé entendre Levite, même avec un leadership iranien extrémiste et même au prix d’un pacte de non-agression et d’un allègement des sanctions.
Il va sans dire que la chute du régime serait bien préférable ; qu’il vaudrait mieux que des Iraniens épris de vie, avides de liberté, prennent enfin le contrôle de leur pays et que le programme nucléaire voyou soit démantelé avec soin et de manière irrévocable.
Orgueil
La politique de « décapitation » qui est menée par Israël — qui a commencé par l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei et de nombreux autres responsables dans la matinée du 28 février, et qui s’est depuis poursuivie sans relâche, comme c’est encore le cas au moment même où j’écris ces lignes — constitue un exploit étonnant tant en matière de collecte de renseignements que d’exécution.
L’objectif déclaré est d’éliminer les uns après les autres, qu’il s’agisse des dirigeants du régime, de leurs successeurs et des successeurs de leurs successeurs, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus fonctionner.
La pénétration des services de renseignement israéliens au sein du régime des mollahs – pénétration qui ouvre non seulement la porte à des frappes chirurgicales à l’encontre des installations nucléaires et autres cibles fixes, mais qui permettent surtout des assassinats ciblés qui visent des personnalités absolument conscientes du fait qu’elles sont traquées et qu’elles ne peuvent échapper à leur destin — contraste de manière presque inimaginable avec le néant catastrophique en matière de renseignement qui a permis au Hamas d’envahir le sud d’Israël le 7 octobre 2023.
En Iran, ceux qui sont toujours là n’ont nulle part où se sentir en sécurité, ni personne en qui ils peuvent avoir pleinement confiance.
Mais Israël doit reconnaître les dangers de l’orgueil. Nous avons voulu croire — comme cela avait également été le cas de Trump, qui en avait ouvertement fait part – que les programmes nucléaires et balistiques du régime avaient été stratégiquement démantelés au mois de juin dernier, et que le régime était quelque peu dissuadé de revenir rapidement à son programme de bombe atomique.
Cela n’aura pas été le cas.
Les premiers secours sur le site d’un
incendie provoqué par l’impact d’une roquette du Hezbollah à Nahariya le 16 mars 2026. (Crédit : Magen
David Adom)
Nous avons voulu croire, et nos dirigeants l’avaient largement garanti aux habitants du nord d’Israël, que le Hezbollah – dont la tête avait été coupée, dont de nombreux membres avaient été tués lors de « l’opération Bipeurs » devenue légendaire, et dont les capacités en matière de missiles et de roquettes avaient été massivement réduites – que le Hezbollah, donc, était en grande partie hors d’état de nuire. Le Hezbollah n’est plus, en effet, la puissante armée terroriste qu’il avait été jusqu’en 2024 – mais ces derniers jours ont mis en évidence ses capacités et sa détermination persistantes à semer la destruction, au mépris d’une grande partie des hauts-responsables libanais.
Et peut-être que nous avons voulu croire qu’Israël était à l’abri de tout ce qui pouvait ressembler, de près ou de loin, à une pénétration des services de renseignement – cette même pénétration qui est apparue de manière criante en Iran de la part du Mossad, quand les dirigeants et les commandants de la république islamique ont été implacablement éliminés.
Mais les innombrables arrestations et poursuites judiciaires qui ont eu lieu, ici, contre des espions et contre des candidats à des missions d’espionnage au service de l’Iran, ainsi que le vaste potentiel de cyber-infiltration et autres formes d’infiltration électronique, nous racontent une autre histoire.
Israël promet d’autres surprises alors que l’État juif s’efforce de contrer les capacités militaires de la république islamique et d’éliminer les chefs du régime. Nos hauts-responsables doivent certainement avoir conscience du fait que le régime tente de faire de même, et il ne faut pas le sous-estimer.
Une dystopie via des paris sur des prédictions mortelles ?
Je dois ajouter un mot – qui est également en lien avec la guerre – au sujet des menaces de mort qui ont été proférées à l’encontre de notre infatigable correspondant militaire Emanuel Fabian par des parieurs, sur le site Polymarket.
Le journalisme peut être une activité risquée – en particulier pour les reporters de guerre. Mais jusqu’à présent, ces reporters n’avaient guère à s’inquiéter de menaces vicieusement proférées à leur encontre et à l’encontre de leurs proches, par des criminels dont la seule motivation est l’appât du gain et cela parce qu’ils couvrent l’information de manière objective et professionnelle.
Ce n’est pas la première fois qu’un journaliste du Times of Israel est menacé de manière crédible en raison de son travail. Cela avait été le cas suite à nos reportages consacrés à la criminalité financière – notamment quand nous avions dénoncé au grand jour l’imposture de l’industrie des options binaires, une industrie frauduleuse qui avait volé des milliards à travers le monde, ruiné d’innombrables vies et même poussé des victimes au suicide. Elle s’est métastasée depuis et la quasi-totalité des personnes qui avaient été impliquées dans ce scandale sont toujours en liberté, sans qu’aucune poursuite n’ait abouti en Israël – et un petit nombre de dossiers seulement sont allés à leur terme dans le reste du monde.
Fabian a été pris pour cible par les utilisateurs d’un site de paris en ligne, avec des mises sur des événements réels et dans le cadre de l’évolution de la guerre contre l’Iran. Polymarket a condamné ces menaces, affirmant avoir (d’une manière ou d’une autre) identifié les comptes impliqués et les avoir bannis. Le site s’est par ailleurs engagé à transmettre les informations pertinentes dans ce dossier aux autorités compétentes.
Ce qui est très bien. Sauf que l’entreprise continue de promouvoir les paris sur le déroulement de la guerre.
Accepter des paris où des vies sont directement en jeu devrait être impensable. Mais comme rien n’est finalement impensable, alors cela devrait être illégal. Lorsqu’il s’agit d’argent, certaines personnes sont capables d’une immoralité, d’un manque de scrupules et d’une criminalité sans limites. Ce genre de paris incite financièrement ces personnes à dire et à faire des choses qui causent la mort d’autres êtres humains.
Emanuel
Fabian, correspondant militaire du Times of Israel (Crédit : Times of Israel)
Réfléchissez-y. Pensez à ce que cela est susceptible d’entraîner. Pensez à ce que des personnes corrompues et dangereuses occupant des postes où elles ont le pouvoir de semer la mort — criminels privés, criminels dotés d’un pouvoir politique — peuvent être amenées à faire pour simplement remporter une mise. Qu’il s’agisse de menacer un journaliste pour le pousser à modifier un reportage pour quelques millions de dollars, d’envoyer des soldats dans telle ou telle bataille, de déclencher telle ou telle guerre, ou Dieu sait quoi d’autre. Les opportunités de gains financiers sont infinies, et les conséquences pour les victimes sont illimitées.
Une dystopie via des paris sur des prédictions meurtrières. Est-ce là le chemin que nous souhaitons emprunter ? Il est grand temps que des esprit honnêtes, dotés d’un pouvoir politique réel, interviennent.