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Interview
du Docteur David Gerbi, Juif de Libye
15/07/2026
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Laurent Cudkowicz : Bonjour
Docteur Gerbi. Merci beaucoup pour cet entretien. Existe-t-il un inventaire des
vestiges juifs de Libye ?
Docteur Gerbi : Selon mes informations, il reste certaines choses dans le quartier juif de Tripoli. Il y a aussi un « centre de documentation », qui se trouve dans les anciens locaux de la Yechiva Dar Seroussi. Ce centre contient de nombreux documents, rouleaux de la Torah, ketoubot (contrats de mariage) etc… Les autorités libyennes ont pris tout ce qu’elles ont trouvé dans les synagogues et autres lieux juifs et ont tout rassemblé dans ce qu’ils appellent « centre de documentation ». On y trouve aussi du marbre qu’ils ont récupéré dans les cimetières qu’ils avaient détruit.
J’ai pu aussi apprendre, par l’ambassadeur d’Italie, que les sous-sols de la mairie de Tripoli, sont remplis de documents d’états-civil relatifs aux Juifs : certificats de naissance, certificats de décès, titres de propriétés etc.…Une partie de ces documents se trouvent également dans l’Ambassade d’Italie à Tripoli. Du fait que la Libye était une colonie italienne, elle se doit de disposer de certains de ces documents. Il s’y trouve aussi des documents secrets.
Laurent Cudkowicz : Certains
objets n’ont pu être vu que par vous ?
Docteur Gerbi : Oui, je suis le seul à savoir où ils se trouvent et à les avoir vus. Lorsque Kadhafi m’a proposé le marché [INT : la libération de la tante de David Gerbi, la dernière juive restée en Libye jusqu’en 2002, en échange de la contribution à la normalisation des relations entre la Libye et les États-Unis)[1] il a voulu me faire montrer beaucoup de ces vestiges juifs dans l’objectif de me manipuler et d’augmenter ma motivation à accomplir ma part du marché. J’ai pu voir ces objets, je suis le seul et nombreux sont ceux qui me questionnent à ce sujet.
Laurent Cudkowicz : Y a-t-il
une différence entre la manière dont ces objets sont conservés dans la partie
tripolitaine de la Libye, et dans la région de Benghazi ?
Docteur Gerbi : Oui, il y a une différence. À Benghazi, les seuls vestiges que j’ai pu voir sont des ossements de Juifs libyens dans un entrepôt, des pierres tombales ainsi qu’une ancienne synagogue qui avait été transformée en église. D’ailleurs, à Tripoli, j’ai aussi vu des anciennes synagogues qui elles, avaient été transformées en mosquées.
Laurent Cudkowicz : Quelle est
la situation actuellement en Libye, en particulier en ce qui concerne les Juifs
?
Docteur Gerbi : C’est un jeu connu. Par les déclarations, les Juifs sont désignés comme des Libyens comme tous les autres Libyens. Mais en réalité, un Juif ne peut pas se rendre en Libye. Il serait mis en prison. Un Juif qui demanderait un visa d’entrée se verrait opposer divers problèmes et questions issus du narratif de l’époque de Kadhafi : « avec ce que fait Israël à la Palestine ! Nous avons pris vos biens à cause de ce qu’Israël a pris aux Palestiniens. » Mais Kadhafi n’a pas pris les biens des Juifs pour les donner aux Palestiniens. Il les a gardés pour lui personnellement.
Laurent Cudkowicz : La haine
vis-à-vis des Juifs date déjà de l’époque du roi Idris.: (le roi Idris a
régné sur la Libye de 1951 à 1969, renversé par le coup d’état de Kadhafi.) Des pogroms ont eu lieu sous son
règne.
Docteur Gerbi : Oui, il y a eu des pogroms en 1945, en 1948 et en 1967. En 1942, le régime était nazi-fasciste. Il a déporté 712 Juifs libyens dont 562 sont morts dans le camp de concentration libyen de Giado. La haine des Juifs augmentait progressivement. Le pogrom de 1945 a entrainé la mort de 133 Juifs. Il a été encouragé par les autorités britanniques qui voulaient, par ces violences, montrer que la population libyenne était trop « barbare » pour savoir être indépendante. Le pogrom de 1948 a fait 13 morts juifs et a été suivi d’une grande vague d’alyah vers Israël. Et pourtant, Israël a fait partie des pays qui ont voté à l’ONU pour l’indépendance de la Libye en 1951. Le roi Idris était assez bon avec les Juifs. J’ai eu l’occasion de travailler avec son petit-fils, qui était aussi réfugié [INT : comme les Juifs libyens]. Mon oncle Elyahu Journo zal conseillait le roi en matière de nominations ministérielles.
Après 1948, la situation pour les Juifs est devenue horrible. Très nombreux sont ceux qui ont quitté la Libye [environ 30 000 Juifs]. Certains ont immigré vers Israël même si la situation n’y était pas très favorable. Ne sont restés qu’une poignée de Juifs, pour qui la situation financière était bonne. Les problèmes ont commencé à apparaitre avec l’affaire du canal de Suez puis la guerre de 1967 et surtout à cause de l’influence de Nasser qu’il exerçait sur toute l’Afrique de Nord. Les Juifs de Tunisie, d’Algérie, d’Égypte se sont enfuis vers Israël entres autres. Le roi Idris nous a aussi donné la possibilité de nous enfuir mais en limitant à 20 Livres libyennes par famille, les seuls biens que nous avions le droit d’emporter avec nous.
Le président égyptien Gamal Abdel
Nasser avec le roi Idris Ier de Libye. (Crédit : domaine public)
Au début de la guerre de 1967, alors qu’avaient commencé les émeutes anti-juives, le roi Idris a demandé à la population « de ne pas se salir les mains avec du sang juif ». Et cette mise en garde a eu de l’effet puisqu’elle a interrompu les émeutes. Mais le pogrom de 1967 a quand même entrainé la mort de 17 Juifs.
Était-ce une astuce ? [Pour éviter que la population ne s’attaque aux Juifs].
Selon certains, il le croyait vraiment. Puis il a dit aux Juifs qu’il ne pouvait plus garantir leur sécurité. « Venez me demander de vous aider à fuir. » a-t-il déclaré par la suite, comme pour dire : « je vous rendrai le service de vous aider à fuir afin de vous sauver et de pouvoir emporter 20 Livres libyennes avec vous ».
Entre 1967 et 1969, certains Juifs sont revenus en cachette afin de vendre leurs biens pour un dixième du prix véritable. Après le coup d’état de Kadhafi le 1er septembre 1969, tous les biens des absents, « devint propriété des Libyens présents ». A partir de mars 1970, fut lancée la campagne de destruction des cimetières juifs. A partir de là, les Juifs Libyens restèrent à Rome plutôt que de faire leur alyah parce qu’ils gardaient l’espoir qu’ils pourraient récupérer leurs biens en Libye : magasins, logements etc…
La haine des Juifs est-elle profondément ancrée au sein de la population libyenne ? On voit que selon les périodes, cette haine augmente ou baisse. Après le 7-Octobre elle a augmenté dans certains pays arabes qui avaient constaté une amélioration.
La partie amazigh [INT : les Berbères] de la population est du côté d’Israël. Ils se sentent comme des Juifs. Ils représentent une minorité au sein de la population. La situation est plus difficile avec la partie musulmane sunnite de la population qui s’identifie aux Frères musulmans. Quant aux chiites, ils sont soutenus et financés par l’Iran. Le ministre de l’intérieur Al-Trabelsi a même voulu imposer le port du voile comme en Iran, mais cela n’a pas été accepté.
Les sunnites sont plus ouverts vis-à-vis des Juifs, en particulier ceux qui ont étudié à l’étranger. Mais le reste de la population fera toujours le lien entre les Juifs et Israël. D’un côté, ils veulent se placer du côté de leur « frères de Palestine » mais sans toutefois aller jusqu’à accueillir des Gazaouis réfugiés, comme Netanyahu l’avait suggéré.
Dans la ville de Misrata, la troisième ville du pays, tout tourne autour du business, sans considération de l’identité.
Est-il vrai que la partie ouest de la Libye est sous influence turque, tandis que la partie est sous influence des Émirats Arabes Unis ? Que cherchent les uns et les autres en Libye ?
En 2019, lors de la tentative de prise de Tripoli par le Maréchal Haftar (INT : chef de l’Armée Nationale Libyenne qui contrôle l’est du pays), la Turquie s’est interposée. Haftar était soutenu au début par la Russie. Les hydrocarbures (pétrole et gaz), éveillent les intérêts. Maintenant, il est soutenu par les Émirats Arabes Unis.
Quelle est l’attitude de l’Italie dans toute cette affaire ? Comment votre combat y est-il perçu ?
En 1970, Kadhafi a renvoyé tous les Italiens même ceux qui étaient nés en Libye, comme rétorsion à la période du colonialisme. Les relations devinrent très compliquées. Le Premier ministre Italien Andreotti a tenté de renouer des liens, puis son successeur Berlusconi l’a invité à Rome en 2009. Kadhafi exigeait que l’Italie demande pardon aux Libyens pour le mal qui leur avait été fait pendant la période du colonialisme. Mais les Libyens, à l’exception des chiites, aiment l’Italie, ils veulent être sous son influence et faire du commerce avec elle. Ils admirent sa mode, sa culture et pratiquent largement sa langue. L’Italien est encore parlé par les personnes âgées de 70 ans et plus. Des cours d’italien sont prodigués grâce à l’Institut Culturel italien de Tripoli.
Au niveau politique, la Libye exerce une pression sur l’Italie au moyen de la quantité de migrants africains qu’elle laisse passer vers l’île-refuge de Lampedusa, porte d’entrée vers le reste de l’Union européenne.
Comment réagissent les non-juifs d’Italie face à votre combat pour récupérer les vestiges Juifs de Libye ?
Ils sont indifférents. C’était il y a 60 ans, c’est vieux….Mais au niveau politique, on entend des voix qui ne voudraient pas ouvrir de nouvelles plaies dans un contexte de relations avec la Libye déjà compliquées.
Mais en ce qui concerne le rapatriement d’ossements provenant de cimetières juifs détruits, il est difficile de ne pas soutenir une telle opération, non ?
Oui, et pourtant mes différents contacts avec les autorités italiennes n’ont rien apporté de positif. La plupart du temps, on ne veut pas qu’on puisse dire que untel ou untel « est en relations avec des Juifs ». Pour eux, je représente un problème, un « conflit historique non-résolu ».
Il y a une exception quand même ?
Le Docteur David Gerbi avec le
Sénateur italien Giulio Terzi
Oui, le sénateur Giulio Terzi di Sant’Agata, ancien ambassadeur d’Italie en Israël, puis à Washington, à New York auprès de l’ONU.
Il était aussi ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Mario Monti jusqu’en 2013. Il est actuellement sénateur de la République d’Italie. Il m’aide et me soutient dans mon combat.
Je voudrais aborder votre histoire personnelle. Quand votre combat a-t-il commencé ?
Le 11 septembre 2001. Je sortais d’un rendez-vous médical et buvais un expresso à Rome. J’y ai vu les écrans de télévision qui retransmettaient les tours jumelles à New York qui disparaissaient dans la fumée.
La vue de cette fumée provoqua immédiatement un effet dévastateur sur moi. En un instant, le trauma de 1967 refit surface. Je fus sur le point de m’évanouir et dû m’assoir car j’allais perdre connaissance.
Ce trauma provenait de la terreur que j’avais expérimentée durant le pogrom anti-juif de 1967 à Tripoli, alors que j’étais âgé de 12 ans. L’image de la fumée rouvra tout d’un coup la plaie que j’avais gardée enfouie durant des décennies. La fumée agit comme un déclic qui réactiva la mémoire traumatique.
Je ne me souviens que de fragments de ces moments : la foule enragée criant : « Massacrez les Juifs ! », la fumée s’échappant des feux qui brûlaient sous nos fenêtres et qui envahissait notre appartement du premier étage.
Je me souviens aussi du courage extraordinaire de ma mère qui descendit au rez-de-chaussée pour fermer la porte d’entrée à clés, afin d’empêcher les émeutiers de monter.
Me vient aussi en mémoire notre gouvernante libyenne, qui était noire et musulmane. Elle nous a sauvé en nous mettant en garde de ne pas quitter la maison parce que les émeutiers approchaient.
Au cours de toutes ces années, ces souvenirs sont restés enfouis. Les images du 11 septembre les ont tous ramenés à la surface de la conscience accompagnés de leur intensité émotionnelle.
Et alors, je me suis dit : assez avec ce terrorisme, avec cette violence, la première Intifada, la deuxième Intifada, la guerre du Golfe. Assez ! Qu’avons-nous fait pour mériter cela ?
Il y a des Juifs, comme nous, nous avons été chassés et avons tout perdu à part ces 20 Livres libyennes, et pourtant, nous ne sommes pas devenus terroristes. Nous avons tout reconstruit de zéro.
J’étais jeune à cette époque [en 2001], j’étais idéaliste. Je croyais qu’on pouvait faire la paix. Je me souvenais de mon enfance en Libye, nous avions de bonnes relations avec les populations locales. Je croyais que les problèmes étaient survenus à cause d’Israël.
Je me suis alors promis de retourner à Tripoli un an plus tard [en 2002] afin de montrer qu’il était possible de vivre ensemble, Juifs, musulmans et chrétiens, comme cela était le cas dans mon enfance. J’avais été habitué à entendre les « Allah Ouakbar » les vendredi, à aller à la synagogue le samedi et à entendre les cloches des églises le dimanche. L’histoire avait montré des exemples de vie commune comme en Espagne par exemple. Donc, je me disais, pourquoi pas en Libye et maintenant ?
Dieu m’a entendu, puisque j’ai réussi à retourner en Libye exactement du 5 au 12 septembre 2002. Pendant cette année, de nombreuses choses étranges se sont produites qui ont permis ce voyage : une histoire de renouvellement de passeport pour ma mère, la connaissance du cas de ma tante, la dernière juive de Libye etc… Et Kadhafi m’a accordé un visa pour raison humanitaire afin que je lui rende ce service [INT : de permettre à Libye de normaliser les relations diplomatiques avec les États-Unis, en échange de la libération de ma tante][2]. Je pensais à l’époque que l’histoire se terminerait après la libération de ma tante, mais en fait l’aventure s’est prolongée jusqu’à ce jour.
Comment avez-vous finalement compris qu’il ne vous était pas possible d’habiter en Libye ?
D’abord, on a essayé plusieurs fois de m’assassiner, tant à Tripoli qu’à Benghazi. Ensuite, j’ai vu la haine dans les yeux, haine qui m’empêchait de faire confiance. Lors de mes voyages entre 2002 et 2010, malgré le fait que j’étais enfermé et protégé dans un hôtel, le Consul d’Italie m’a fait réaliser que j’étais quand même en danger : la nourriture qu’on me servait, la surveillance des services secrets, tout pouvait constituer un danger. Alors, dans ces conditions, comment aurait-il été possible pour moi d’y vivre ? Et en plus de cela, il n’y avait plus de population juive, plus de synagogues, même les cimetières avaient été détruit. De tous les signes dont un enfant se souvient, aucun n’avait subsisté. Un monde entier avait disparu.
La nostalgie peut donner l’impression psychologique dangereuse qu’on est encore jeune.
Des visites ponctuelles, pourquoi pas ? Pour une visite de vestiges juifs, pour une commémoration religieuse. Mais pas pour y vivre.
Et même pour aller plus loin. S’il y a un accord de paix, et que le commerce peut se développer, cela sera possible aussi. Mais sans plus.
Et d’ailleurs, espérer encore une compensation pour les biens dont les Juifs ont été spoliés, est illusoire. 60 ans après, cela ne se produira pas.
Reconstruire ce qui existait est impossible. Mais construire quelque chose de nouveau, peut-être sur la base des Accords d’Abraham, cela est possible pensez-vous ?
Oui, sur cette base, des choses pourront se faire autour du commerce, comme cela est le cas avec les Émirats Arabes Unis. Mais rapatrier tous les Juifs de Libye dans leur pays d’origine, cela est impossible. C’est fini, complètement fini.
C’est la même chose pour tous les 835 000 Juifs qui ont dû fuir les autres pays arabes et musulmans ?
Docteur David Gerbi avec
l’ambassadeur des US en Libye Richard B. Norland
Oui, c’est pareil. C’est impossible. Mais construire quelque chose de nouveau sur base des Accords d’Abraham, c’est possible. Et tant les Libyens, que les Juifs y gagneront.
Quel est votre rêve pour l’avenir ?
DG : Je voudrais terminer sur une réflexion personnelle. Après plus de 20 ans de travail pour préserver l’héritage des Juifs de Libye, je suis arrivé à la conclusion que l’avenir ne peut se bâtir en tentant de recréer le passé. Il faut établir de nouvelles relations fondées sur le respect mutuel.
Pour cette raison, j’admire beaucoup l’expérience du Royaume du Maroc. Je crois que le Maroc incarne aujourd’hui un des exemples les plus significatifs de la préservation de l’héritage juif dans le monde arabe. Ceci n’est pas le résultat d’une politique récente, mais l’expression d’une tradition historique qui a été mise en œuvre par des générations successives de la monarchie marocaine.
Je voudrais rendre hommage à Sa Majesté Mohammed V, qui a protégé la population juive contre les lois discriminatoires du régime de Vichy durant la Seconde guerre mondiale. Et aussi à Sa Majesté Hassan II, qui a maintenu le dialogue avec la diaspora juive et a encouragé les contacts importants entre le monde arabe, Israel et l’occident. Mais également à Sa Majesté Mohammed VI, qui poursuit cette tradition par la restauration de synagogues, de cimetières et de quartiers juifs historiques, tout en reconnaissant la composante juive inhérente à l’identité nationale marocaine.
J’ai particulièrement apprécié la décision de nommer le quartier juif historique de Marrakech selon son ancienne appellation de El Mellah, en même temps que certaines de ses rues. Ce sont des gestes puissants qui montrent comment la mémoire peut être un instrument de réconciliation et d’espoir.
Pour ces raisons, je considère le Maroc comme un modèle important pour faire avancer l’esprit des Accords d’Abraham en Afrique du Nord et dans la Méditerranée.
Je suis également très honoré de commencer une coopération avec la Fondation Adam pour la Fraternité Humaine, dirigée par M. Mohammed Aabidou. Je considère que Monsieur Aabidou est un promoteur exceptionnel du dialogue entre les cultures et les religions et qu’il représente un exemple vivant des valeurs d’inclusion, de respect mutuel et de fraternité.
J’espère aussi que l’avenir nous montrera que les autorités libyennes sont engagées dans un dialogue qui contribuera à sauvegarder l’héritage culturel et historique des Juifs de Libye et aussi à créer de nouvelles relations de paix avec Israël.
Je porte l’espoir qu’une mission internationale dédiée à la préservation de l’héritage juif libyen puisse un jour être autorisée. Une telle mission pourrait inclure la numérisation des archives juives, la documentation des sites et vestiges historiques, la restauration des cimetières juifs de Giado et Homs, et la préservation de la synagogue Dar Bashi et d’autres sites connectés à la présence juive en Libye.
J’espère aussi que cette mission pourra s’étendre à la Cyrénaïque, y compris les vestiges de l’héritage juif de Benghazi. En particulier, j’espère qu’il sera possible de documenter et identifier les restes humains récupérés des cimetières juifs détruits, afin que ceux-ci puissent recevoir une sépulture digne et en accord avec la tradition juive. J’espère que toutes les archives historiques qui ont subsisté et qui sont en rapport avec la présence juive à Benghazi et en Cyrénaïque puissent être identifiées, préservées et étudiées.
Mon rêve est aussi de retourner un jour à Benghazi afin de rendre hommage, par la prière et le souvenir, au site de l’ancien cimetière juif. Cela permettrait d’évoquer les générations de Juifs qui y ont été enterrés ainsi qu’une Histoire qui ne doit jamais être oubliée. Je voudrais aussi honorer la mémoire de Madame Selwa Bugaighis, que j’ai eu le privilège de connaître et qui a consacré sa vie à une Libye fondée sur le dialogue, l’autorité de la loi et la dignité humaine. Pour moi, le souvenir des Juifs de Libye et celui de Selwa Bughaigis relèvent des mêmes principes : chaque vie humaine mérite le respect et la réconciliation ne peut être fondée que sur la mémoire, la justice et la dignité pour toutes les victimes de la violence.
J’espère que les autorités de l’Est de la Libye adopteront aussi cet esprit de coopération en contribuant à préserver cet héritage humain et historique pour le bénéfice de la mémoire, de la réconciliation des générations futures.
Également, j’espère qu’une délégation internationale, incluant l’Alliance des Rabbins des pays islamiques dirigée par le Rabbin Mendy Chitrik, puisse un jour visiter officiellement la Libye afin de prier dans les cimetières juifs et dans les sites saints, qu’il puisse honorer ceux qui sont enterrés et œuvrer avec les autorités locales pour préserver l’héritage qui appartient non seulement aux Juifs de Libye, mais aussi à l’histoire de toute la Méditerranée.
J’espère que, à l’avenir, j’aurai l’opportunité de m’engager personnellement avec les autorités libyennes engagées vers la réconciliation et la normalisation, afin que l’héritage juif devienne un pont de coopération plutôt qu’une source de division.
Mon rêve n’est pas de revenir en arrière. L’histoire ne peut pas revenir en arrière. Mon rêve est que la mémoire des Juifs de Libye soit enfin reconnue et respectée, et qu’elle puisse contribuer à construire un avenir de paix, de coopération et d’amitié entre Israël, la Libye, le Maroc et les peuples de la Méditerranée.
Merci beaucoup Docteur David Gerbi. Bravo pour votre travail extraordinaire, merci et bonne continuation.
[1] Voir le précédent article sur ce sujet : https://frblogs.timesofisrael.com/les-juifs-de-libye-refusent-de-mourir/
[2] Voir le précédent article sur ce sujet : https://frblogs.timesofisrael.com/les-juifs-de-libye-refusent-de-mourir/